À la porte des expériences cliniques, l’art-thérapie ; une autre clé pour la psychologie clinique

Maria OUCHELH
Professeure de l’enseignement supérieur
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
Université Mohammed V, Département de Psychologie -Rabat-

Samira BEN AHMED
Etudiante chercheure en doctorat
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
Université Mohammed V, Département de Psychologie -Rabat-

Résumé :
L’art-thérapie connait un engouement croissant au sein des institutions de soins. Les ateliers à médiations artistiques se multiplient, et la demande des patients augmente considérablement. Les techniques thérapeutiques de l’art-thérapie sont utilisées dans de nombreux domaines (psychiatrique, éducatif, social, etc.). Objectif : il est temps pour la psychologie clinique qui s’ouvre sur des pratiques nouvelles de combiner l’art-thérapie, comme un outil spécifique d’aide et de soin indispensable. La formation des art-thérapeutes devrait être diplômante et certifiée au sein de la psychologique clinique : Notre réflexion tente d’expliquer cette jonction entre art et santé mentale et art et psychologie clinique ? Méthode : Pour ce faire, nous sommes référés à des vécus d’expériences cliniques réelles chez 12 patients, hospitalisés en France, à Avignon-France, pour pouvoir relater l’impact du premier regard déposé à l’Art et les sentiments projetés et émotions ressenties au cours de l’activité de peinture comme médiation thérapeutique. Résultat : La résonance des patients avec les toiles semble provoquer des émotions privilégiées et susceptible de transmettre un message, de réveiller quelque chose d’intime, d’initier un mouvement psychique. Analyse : A ce titre, l’étude approfondie des dessins projectifs de nos patients, a permis de mettre en évidence les particularités du fonctionnement psychique de chaque individu par la médiation de l’art plastique. Discussion :’le cri’ la toile d’Edvard Munch, est une représentation signifiante à l’expérience traumatique. Ainsi, l’art visuel, en tant qu’œuvre de symbolisation et de traitement psychique du traumatisme, est une sorte de rempart contre la déliaison et la destructivité. Conclusion : l’art -thérapie avec ses soins palliatifs peut s’appliquer pour une esthetique du corps.
Mots clés : l’art-thérapie, la psychologie clinique, les expériences cliniques, la médiations, les pathologies.

Introduction :
Depuis des siècles, L’art a marqué son empreinte dans un nombre croissant de domaines, dont celui de la santé. la psychologie clinique quant à elle, propose progressivement de nouvelles approches pour la prévention, les prises en charge et la recherche scientifique. La santé mentale en générale bénéficie certes, des avancées avec l’évolution de la science qui permet d’élargir les possibilités de soin. En parallèle, le domaine de l’art connait les mêmes évolutions depuis les dernières décennies, avec le développement d’un art de thérapie. Ces éléments nous amènent à questionner l’impact de la jonction entre art et santé mentale, entre art et psychologie clinique qui constitue aujourd’hui l’art-thérapie. Ainsi afin d’amener notre réflexion sur les points de rencontre possible entre les outils de la psychologie clinique et l’art-thérapie, nous nous proposons dans un premier temps de présenter le paysage actuel de psychologie clinique, puis discuter des interactions possibles entre les deux champs de l’art et de la thérapeutique psychologique clinique. Ensuite trouver l’intérêt d’introduire cette discipline comme outil important dans le soin et la cure.
La psychologie clinique :
C’est en 1971 qu’un diplôme de « Psychologue clinicien » à l’Université Paris VII, fut reconnu pour la première fois, en France, par le ministère de la Santé. Si nous nous reportons à l’année universitaire 1987-1988, 39 diplômes (DESS) sont délivrés dont 15 sont intitulés « Psychologie clinique et pathologique » ; ou parfois « Psychologie clinique », « Psychologie gérontologique », « Conseil psychologique », « Psychologie et Psychopathologie » ainsi que trois DESS de psychologie de l’enfance et de l’adolescence d’inspiration clinique et ce, selon les universités. A côté de cette orientation adossée au secteur santé, on trouve une « psychologie du travail », et une « l’ergonomie ». Or la psychologie clinique, si elle est née en France, elle y a connu une existence conflictuelle exprimée, au départ, avec la médecine d’un côté, et la psychologie expérimentale de l’autre, et elle a fini par trouver son salut en se rapprochant de la psychanalyse, en raison de la présence en son sein, de Lacan et des lacaniens.
Au Maroc, la naissance de la psychologie était sous forme de cours en 1976, et 30 ans plus tard, elle devient une filière au département de psychologie qui a été créé en 2006. La psychologie clinique, à son tour n’a vu le jour qu’en 2001.Dans le cadre d’un master de psychologie clinique crée et qui s’est définit pour objectifs la formation des spécialistes du diagnostic et du soin pour pouvoir répondre à des besoins ressentis au Maroc, et les rendre titulaires d’un diplôme et capables d’assumer la prise en charge des problèmes propres à une population d’enfants, d’adolescents et d’adultes qui présentent des difficultés d’ordre psychologiques ou consécutives à des déficiences ou handicaps.

Dès lors, l’éventail a élargi les perspectives pour une psychologie clinique, soucieuse de tracer ses limites et d’affirmer son autonomie. Elle se penche vers l’homme « incliné », puis étendu mais surtout, se donnant pour sujet-objet « l’homme total en situation » (Lagache) « et en évolution » (J. Favez-Boutonier) ; elle perçoit, derrière la totalité, ce qui va être son principe, la singularité. Il faudra trente ans pour que les biologistes comprennent enfin cette idée que la personne humaine, produit le plus complexe de l’évolution, est irrémédiablement et définitivement singulière. C’est cette singularité, qui devient l’objet ultime de la clinique.
Quand l’art rencontre la psychologie.
L’art-thérapie est l’un des domaines qui est utilisé par la psychiatrie pour soigner les patients, et ce pendant des années. Ce champ s’intéresse à l’expression et à la création comme source possible de récupération. Il améliore l’attention, la mémorisation, les représentations géométriques, la lecture, la concentration et la tolérance. Toutefois, la question de la clinique est au cœur de l’art-thérapie car il est envisageable de l’intégrer dans le nouveau cadre thérapeutique de la clinique tant qu’il est important de prendre en compte les aspects pathologiques.
Méthode :
Durant un stage de psychopathologie en 2012, nous avons conduit une expérience clinique en faveur de patients admis au sein de l’hôpital de jour « Guillaume Boutet » à Avignon, en France, pour différents troubles psychiatriques. À travers une sélection d’œuvres connues, nous les avons invité à regarder l’art sur support de papier, de bonne qualité d’impression. Les12 patients et patientes sont âgés de 15 ans à 57ans et sans aucune notion artistique. Ces modèles d’art sont destinés au choix individuel d’une reproduction symbolique sur du papier ‘Canson’.
Dans l’atelier d’activités , sont réunis les 07 patientes admises au pavillon des femmes, et les 5 patients hommes ; tous rassemblés autour d’une seule grande table, située au centre de la pièce. Au premier constat, le vécu de l’expérience exprimé par notre population choisie de convenance, est dirigé dans deux orientations opposées :
A cet égard, notre observation va dans le sens de la détection de ce qui se passe à l’instant du regard posé sur l’œuvre. D’autre part, notre description concerne l’attitude du participant(e) au moment de la reproduction du modèle choisi.
Résultat :
D’emblée nous remarquons, l’entrée en résonance des patients avec les toiles qu’ils regardent, pour chacun des participants(es), une des œuvres semble provoquer des émotions privilégiées pour être élus à la reproduction par dessin et peinture. Chaque œuvre a ainsi été susceptible de transmettre un message, de réveiller quelque chose d’intime, d’initier un mouvement psychique. C’est cet enseignement que nous dévoile l’art à priori, avant le commencement de l’acting et du geste de reproduire avec le matériel d’art plastique.
Au cours de l’enchainement de l’opération de copiage, la cadence de respiration est saccadée et ascendante et la concentration est optimale figée sur le modèle. L’ouïe est déconnectée et l’imagination est flottante.
Analyse :
10 patients ont vécu la même expérience, exceptée la jeune fille de 15ans, qui a choisi l’œuvre de ‘la jeune fille à la perle’ et qui était un peu agitée en verbalisant beaucoup sur ce que les autres faisaient. Elle marqua son désintérêt pour l’activité, son déni pour l’image qu’elle a pourtant, bien aimée tout au début. Un monsieur de 33ans,attirait notre attention en regardant plus souvent, en haut ,avant de reprendre sa peinture sur sa feuille, comme si le modèle était accroché au plafond.
Mr. R semblait en immersion absolue avec la toile « la nuit étoilée » de van Gogh (peinte en 1889 depuis une fenêtre à partir de l’hôpital psychiatrique de Saint _Paul de Mausole). La vue comprend un ciel mouvementé avant l’aube et un village fictif. Quant au dessin de Mr. R à plat, était sous forme d’une casquette rouge. Quel est son ressenti et pourquoi une casquette ? Pourquoi rouge ? notre patient de 33ans voulait se protéger, d’après ses dires. De quoi ? De son rapport réticent aux autres, de sa schizophrénie désorganisée, dont il est diagnostiqué ou de ses délires et hallucinations fragmentés ? comme le sont parfois nos rêves qui tissent leur fond dans la véracité et du réel dur. En effet, pour Freud :« l’œuvre picturale comme un rêve éveillé est une réalisation de l’inconscient. Cependant, à la différence, si le rêve diurne est, comme produit de l’activité psychique, relativement privé et secret, l’œuvre d’art à une nature sociale »
Les autres reproductions étaient étonnement belles, chacune dans son style, entre esquisse, du copié réussi, surtout chez les femmes. Les courbes proches des traits originaux, le résultat était au-delà de nos attentes. A ce titre, l’étude approfondie des dessins projectifs de nos patients, a permis de mettre en évidence les particularités du fonctionnement psychique de chaque individu par la médiation de l’art plastique.

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